Moi, Stéphanie (aka Elaura),
administratrice du forum www.bit-lit.com,
rédactrice chez Onirik,
ma vie, mon œuvre, mes bafouilles.


De manière plus intime,
ce petit blog sans prétention est mon coffre à jouets.
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sans logique ni plan sur la comète,
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les livres, films, musiques qui croisent ma route.

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A chaque film il y a un comic... ou un truk du genre.

vendredi 9 décembre 2011

Shame



Synopsis

Le film aborde de manière très frontale la question d'une addiction sexuelle, celle de Brandon, trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Quand sa sœur Sissy arrive sans prévenir à New York et s'installe dans son appartement, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie... 

Mon avis :

Après un fracassant Hunger, Steve McQueen (aucun lien, fils unique*)  nous reviens avec un nouveau long métrage tout aussi réussi qui ne fait que confirmer tout le bien que nous pensions du réalisateur.
A croire que l’art contemporain et le cinéma expérimental peuvent accoucher de virtuoses qui vous explosent la tête sans chichi ni visions contemplatives soporifiques.
Steve McQueen en est la preuve. Avec Hunger déjà, son premier film, il nous exposait crument le combat de Bobby Sands, figure christique de l’IRA, qui entama une grève de la faim en prison jusqu’à ce que mort s’en suive.
Avec Shame, c’est la vie quotidienne de Brandon que nous lorgnons par le trou de la serrure. Un autre combat, un autre enfermement, celui de l’addiction au sexe.
Dans Hunger, Bobby Sands prenait le contrôle de son corps, mais dans Shame, c’est le corps de Brandon qui le contrôle. Autant de relations à la chaire qui ne font que nous plonger intimement dans la vie des protagonistes.



Brandon est un trentenaire extrêmement séduisant et qui bénéficie d’une bonne situation. Mais, passé la porte de son appartement, nous rencontrons le vide. Quelques meubles, des murs blancs, lignes épurées non investis qui génèrent une froide distance. Un ordinateur sur une table et des soupirs très parlants. L’économie de dialogue ne fait que renforcer notre malaise. Des séquences qui se suivent et se répètent nous suggèrent le quotidien d’un homme dont la vie n’est qu’un champ de ruines. Relations tarifées, coups d’un soir dans une ruelle sombre entre deux poubelles, films porno, masturbations à toutes heures et la honte … celle qui vous pousse à croire que votre affliction est visible par tous.
Brandon a une sœur, Sissy. Dépressive elle débarque un jour chez lui sans prévenir. Incursion inopinée qui met à mal une relation déjà compliquée. Brandon ne pourra plus cacher longtemps ses perversions et décide de tout jeter : revue et cassette porno, gadget … tentative désespérée qui, nous le savons déjà, est vouée à l’échec. Rencart au restaurant avec une collègue de travail, premier rendez-vous réussi qui en appelle un second et là tout bascule. Car, quand une relation intime se normalise, Brandon ne bande plus. S’en suit une descente aux enfers dont nous ne ressortirons pas indemnes. 



Sans jamais tomber dans le jugement, Steve McQueen nous livre un récit poignant, brut de décoffrage, loin des stéréotypes ou de la vulgarité. Un exposé froid et distant, mais pas sans émotion, d’une vie ravagée. Une quête sans fin d’actes sexués qui n’apportent pas la paix. Tel un prédateur, Brandon chasse mais n’arrive jamais à assouvir pleinement ses pulsions. Il en faut toujours plus, plus loin et la souffrance que nous lisons sur son visage pendant sa jouissance nous pousse à l’empathie derrière l’abjection. Le superbe corps de Michael Fassbender ne fait que magnifier ces instants où le spectateur se fait voyeur. 

L’interprétation de l’acteur est puissante et juste, révélant les facettes de Brandon avec parcimonie. Mouvement félin ou position de replis, regard éteint ou de chasseur aguerri, Fassbender se met à nu, au propre comme au figuré, performance unique que lui seul pouvait accomplir.



90 minutes déroutantes, visuellement magnifiques (le jogging de Brandon, en pleine nuit dans New York, filmé en travelling pendant plusieurs minutes est un grand moment !), qui font de Shame une œuvre singulière et incontournable. Des scènes chocs qui exercent sur vous une fascination dérangeante. Un film bouleversant sur deux êtres qui se ressemblent dans leur incapacité à aimer mais que rien ne peut sauver.


* bah quoi, personne n’a vu La Cité de la peur ?


Fiche Technique :

Film britannique de Steve McQueen (2011)
Genre : drame
Date de sortie : 7 décembre 2011
Durée : 1h39 mn
Avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale ...

3 commentaires:

  1. Super critique ! J'ai très envie de voir le film du coup (ben quoi, Fassy + addiction au sexe, même traité avec classe et subtilité, c'est vendeur). Et sinon, il m'a semblé reconnaitre l'actrice principale de Drive que j'avais trouvé très bien déjà dans ce film. ;-)

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  2. Oui Lila c'est Carey Mulligan ;) elle est incroyable dans le film !

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  3. Déjà dans Drive elle était bluffante. J'adore son jeu, à la fois sobre, fort en émotion et tout en retenue. <3

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