Moi, Stéphanie (aka Elaura),
administratrice du blog Bit-lit.com,
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mardi 17 juin 2014

Vikings : 1 ère partie : Keep Calm and Pillage On !



Bonjour lecteur,

Aujourd'hui, j'ai envie de te parler d'une série que j'aime d'amour : Vikings.

Déjà 2 saisons à son actif et une troisième commandée pour 2015, Vikings est le nouveau grand succès de la chaîne History et de Michael Hirst (le papa de la série The Tudors).

Avant toute chose, je tiens à préciser que je ne suis pas une spécialiste en civilisation scandinave. Je suis juste quelqu'un de curieux, qui aime s'interroger et s'informer sur ce qu'elle voit et garder un esprit critique même sur ce qu'elle a pris beaucoup de plaisir à regarder. Ainsi, je sais lire et utiliser différentes sources, même académiques, pour ma culture personnelle. Cet article a pour but de parler de ce que j'aime et d'échanger à ce propos et n'a bien évidemment aucune valeur didactique. Et pour avoir encore plus de plaisir, il est plein de gifs salaces Qu'on se le dise \o/

La série suit les exploits d'un groupe de Vikings mené par Ragnar Lothbrok, l'un des plus populaires héros vikings au destin semi-légendaire. Ragnar serait d'origine danoise ou encore norvégienne, selon les sources. Il est supposé avoir unifié les clans vikings en un royaume aux frontières indéterminées à la fin du VIIIe siècle (l'époque est difficile à déterminer, mais se situe entre 750 et 850). Mais il est surtout connu pour avoir été le promoteur des tout premiers raids vikings en terres chrétiennes, saxonnes, franques ou celtiques.

Ce simple fermier, homme lige du jarl Haraldson, se rebelle contre les choix stratégiques de son suzerain. Au lieu d'attaquer les peuples de la Baltique, il décide de se lancer dans l'attaque des riches terres de l'ouest, ayant trouvé un nouveau moyen de naviguer.

Clandestinement, Ragnar va monter sa propre expédition et sa réussite changera le destin des Vikings comme celui des royaumes chrétiens du Sud, que le simple nom de « Vikings » terrorisera pendant près d'un siècle.



Si le public est au rendez-vous, ce n'est pas complètement par hasard, car en plus d'un casting plus que convaincant, la série bénéficie d'une réalisation et d'une production soignées.

Michael Hirst est un passionné d'histoire et ça se voit, même s'il se défend de ne pas faire des séries à la réalité historique incontestable (on lui avait déjà reproché ses libertés prises avec l'histoire des Tudors), l'écriture tâche autant que faire se peut d'être proche de ce que nous connaissons de la réalité historique et légendaire des protagonistes, même s'il s'arrange beaucoup avec la chronologie et que certains clichés ne sont malheureusement pas évités (par contre, la réalité archéologique est largement mise de côté). Cependant, le scénario est parfaitement maîtrisé, quoi qu'en disent ses détracteurs, car il confère un bon équilibre entre réalité/destin des personnages, un contexte qui se veut réaliste (même si matériellement contestable), et évite les écueils du fantastique, bien trop souvent utilisé dans les productions « Viking ». Il est néanmoins important de considérer cette série comme une oeuvre de fiction, inspirée par des récits scaldiques, que comme une série historique à proprement parlé. 

Sa force est de nous montrer la culture de ces hommes du Nord au quotidien, une société complexe mais particulièrement riche, où chaque individu est entendu, une société bien plus égalitaire à l'époque que toute la chrétienté réunie. Les Vikings ne sont pas les barbares sanguinaires que l'on nous montre parfois, avec un casque à cornes et se délectant de la mort. Déjà, les Vikings n'ont jamais porté de casques à cornes, qu'on se le dise une bonne fois pour toutes.

Est-ce que j'ai une tête à porter un casque à cornes ?

De grands guerriers, bien sûr, mais surtout de formidables commerçants et navigateurs, avides d'exploration et de connaissances, voilà ce qu'étaient les Vikings. Leur but était de s'enrichir, de cultiver de bonnes terres (la leur étant trop pauvre), d'améliorer leurs conditions de vie et non pas de tuer, de s'abreuver de sang et d'annexer des territoires pour une nation.

Pour en revenir aux protagonistes, Ragnar Lothbrok est magistralement interprété par un Travis Fimmel méconnaissable. Voui voui, ce Travis-là, ancien mannequin vedette de Calvin Klein, et j'avoue que je suis la première bluffée.


En plus d'avoir un physique plus qu’avantageux, l'acteur aborde son rôle avec finesse et force et nous campe un Ragnar plus vrai que nature avec la juste dose de charisme et de ruse qui sied certainement au personnage (avoue lecteur que tu as une rageuse envie de voir des knörr débarquer - note que je n'ai pas utilisé le terme de Drakkar !)



En fait, à bien y réfléchir, c'est l'ensemble du casting qui est une réussite, tant il n'est pas difficile de s'immerger dans la série, à commencer par Floki dont Gustaf Skarsgård en fait un personnage ambivalent, tantôt mystique, tantôt inquiétant, et oui au passage, je parle bien du frère d'Alexander (Erik, je t'aime) et du fils de Stellan ; décidément, la famille a du talent.




Mais qu'en est-il réellement du personnage historique ?

Comme tout ce qui touche l'ère viking, il est difficile de différencier ce qui relève de l'histoire ou de la légende, et Ragnar Lothbrok n'échappe pas à la règle.

Selon la Geste des Danois du chroniqueur médiéval Saxo Grammaticus, le païen Ragnar n'appartenait pas à la dynastie suédoise des Yngling, car son père était danois. Mais il s'est forgé un destin en se disant descendant direct du dieu Odin. « Regnerus Lothbrog », comme Grammaticus le nomme, était le fils de Sywardus Ring. De ses quatre épouses, il aurait eu une large descendance (ce qui n'est pas pour me déplaire, tant qu'on le voit en action dans la série...)


D'après Hilda Ellis Davidson, la légende de Ragnar dans le livre IX de la Geste semble être une tentative pour regrouper sous le règne d'un seul roi, Ragnar, les événements relatés dans les récits confus et contradictoires auxquels le chroniqueur avait eu accès. C'est pourquoi de nombreuses actions imputées à Ragnar dans la Geste peuvent être attribuées, sur l'autorité d'autres sources, à d'autres personnalités, dont certaines sont historiquement plus crédibles.

Mais la légende d'un grand héros viking persiste et certains de ses aspects sont documentés par des sources relativement fiables.



Et son entourage ?

Lagertha aurait réellement été la femme de Ragnar et c'était une skjaldmö, une femme au bouclier. C'est toujours notre Saxo Grammaticus qui mentionne la présence de Lagertha aux côtés de Ragnar lors de nombreuses batailles (elle est absente dans les autres sources).


Les skjaldmö sont à l'origine du mythe des Walkyries, elles apparaissent dans plusieurs récits légendaires et même l'historien byzantin Jean Skylitzès, indique que les femmes ont combattu dans les troupes de Sviatoslav Ier lors de la campagne militaire de Bulgarie en 971. 
Lors de la bataille de Dorystolon, les soldats furent étonnés de découvrir, sur le champ de bataille, les cadavres de nombreuses femmes armées. La Grœnlendinga saga décrit une redoutable guerrière viking du nom de Freydis Eiriksdottir. Elle était la fille d'Erik le Rouge et la sœur de Leif Eriksson. Lors d'un séjour au Vinland, elle aurait brandi une épée, seins nus, en avançant vers les Amérindiens menaçants qui auraient fui, effrayés par cette femme téméraire et gesticulante.

Plusieurs skjaldmös sont mentionnées dans les sagas nordiques, comme Brunehilde dans la Volsunga saga, Hervor dans la Saga de Hervor et du roi Heidrekr, la princesse Brynhild dans la Saga de Bósi et Herraud, la princesse suédoise Thornbjörg dans Hrólfs saga Gautrekssonar et Veborg dans la Gesta Danorum.

Il est bien évident que les scénaristes et producteurs ne se sont pas préoccupés d'être dans une réalité incontestable en ce qui concerne les personnages et l'histoire de Ragnar. Comme je l'ai indiqué plus haut, les récits et sources sont nombreux et bien souvent contradictoires. En même temps, je n'en demandais pas tant. Le plaisir est là, même si l'on sait qu'on ne peut se fier véritablement à ce que nous voyons.

En ce qui concerne les diverses pratiques des Vikings, il est bon de faire la différence entre ce qui relève du mythe ou du romantisme et la réalité.

ça c'est pour te récompenser lecteur...

Dans les sources chrétiennes, les Vikings sont présentés comme une race païenne aux pratiques troubles et n'hésitant pas à semer la mort et la désolation sur leur passage. Devons-nous en être étonnés ?

Il est bon de rappeler que pendant leurs raids, les cibles privilégiées de nos guerriers étaient les églises. C'était là que se trouvaient or et richesse ; sincèrement, ce n'est pas chez le fermier du coin qu'ils allaient chercher fortune. Or, pour se resituer dans le contexte de l'époque, la religion était la source de vie, tout était religion, du levé au couché. S'attaquer au sacré était le pire crime qui pouvait être commis, le meurtre et le viol pouvaient passer bien après. Et qui savait lire et écrire ? Les prêtres et les moines. Pouvons-nous donc aisément nous fier à ces sources ? Non. Pas plus qu'aux poèmes scaldiques.




Mais du coup, qui étaient réellement les Vikings ?

D'après Régis Boyer, « on appelle Viking un commerçant de longue date, particulièrement doué et remarquablement équipé pour cette activité, que la conjoncture a amené à se transformer en pillard ou guerrier, là où c'était possible, lorsque c'était praticable, mais qui demeurera toujours quelqu'un d'appliqué à afla sér fjàr (« acquérir des richesses ») ». Ils étaient Suédois, Danois, Norvégiens, puis dans un second temps, Islandais et Féroïens.

Un commerçant avant toute chose, car les pays scandinaves étaient pauvres : sols difficilement cultivables, sous-sols sans ressources, un climat redoutable, bref, une vie quotidienne rude dont les seules ressources viables étaient la pêche et la forêt avec tous les inconvénients qui les accompagnent. Pour le coup, le commerce par voie d'eau était une nécessité : fourrures, mais aussi esclaves, car oui, les Vikings furent de très grands marchands d'esclaves. 



Des pillards également, car je ne me voile pas la face, hein, en plus de l'activité fort noble que celle du commerce, ces Nordiens fort intelligents et extrêmement pragmatiques ont rapidement compris qu'un bon coup de hache pouvait résoudre par mal de tractations pénibles et les occasions ne manquèrent pas de se présenter. 



Des guerriers, pas tant pour leurs équipements navals ou terrestres, mais surtout pour leur bravoure, leur force de caractère et leur sens de l'organisation et de l'ordre qui font leur valeur militaire. Cependant, étant peu nombreux, à chaque fois qu'ils ont été confrontés à une résistance organisée et en nombre, ils ont été défaits et ont été assez intelligents pour ne pas insister. Ce fait est très bien montré dans la série, notamment face à Alfred de Wessex sur les côtes méridionales de l'Angleterre. 

Rien à voir donc, et j'insiste bien là-dessus, avec les valeurs martiales puantes que le IIIe Reich s'enorgueillit de leur prêter, quand on s'entoure de la bonne documentation évidemment. 

Et pour finir, le mercenariat était couramment utilisé pour s'enrichir. Disons-le tout net, le Viking était à vendre, pour qui payait bien, en échange d'une participation active à quelques règlements de comptes. 

Qui veut louer un Viking ?

Je vais arrêter ici cette première partie, lecteur, car je ne veux pas te faire mal à la tête. Dans un autre article, je te parlerai de certaines coutumes montrées par la série, notamment les rites religieux, mais également le mariage, la condition des femmes à l'âge viking et sur l'esprit communautaire et d'entraide qui est le cœur même de la mentalité viking. Enfin, si tu le veux bien ;)



Sources :

- Régis Boyer Les Vikings : Histoire, Mythe et Dictionnaire
- Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ragnar_Lodbrok
- Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Skjaldm%C3%B6

jeudi 8 août 2013

Period Dramas, mon amour...




Comme tu le sais lecteur, je suis une fan inconditionnelle de Jane Austen, des period dramas et de la romance historique de manière plus générale.

L'on pourrait se demander pourquoi les histoires d'amour quelque peu datées, surannées et d'une politesse exacerbée font battre mon petit cœur. A une époque où la romance érotique ou plus vulgairement les mummy porn sont à l'apogée de leur triste gloire, un très prude Raison et Sentiments de Jane Austen apparaît comme un O.V.N.I. Littéraire ou comme une tâche sur un étalage dédié à la bistouquette. Oh, comprends moi bien lecteur, je n'ai personnellement rien contre la littérature érotique, j'en ai lu beaucoup et de très bonne qualité. J'ai, par contre, beaucoup plus de mal avec les dernières parutions qui font bien parler d'elles, où, tu m'excuseras, la vulgarité prime sur la beauté.



Jane Austen donc, pour revenir à nos moutons, et ses magnifiques histoires qui finissent toujours bien. D'éclatants mariages d'amour malgré les différences de classes sociales, de caractères ou les années de séparation. Voilà qui fait réellement rêver les romantiques que nous sommes. Car oui, je suis persuadée, lecteur, que toi aussi, tu as l'âme d'un romantique.

Je parle de Jane Austen, car elle est certainement l'auteure dont les œuvres ont été quasi toutes adaptées à l'écran, qu'il soit petit ou grand. Mais je pourrais en dire autant d'autres auteures comme Elizabeth Gaskell, dont l'engagement social, à une époque victorienne où les femmes n'avaient que peu de place, est un véritable exemple de courage, ou les écrivains phares de romance actuels, comme Lisa Kleypas ou Mary Balogh. La romance historique a énormément évoluée, devenant aussi coquine et sensuelle à ses heures, mais toujours avec classe. Cependant, une chose primera toujours sur les scènes de sexe parsemées ici et là dans les romans actuels, c'est une intrigue bien construite, un contexte historique solide et une place de choix pour l'émotion, fer de lance de toute romance. Car il ne peut y avoir de belle fin sans sentiments.



Tu pourras me dire lecteur, qu'il est facile d’aimer une Lisa Kleypas, dont le style est tout de même bien contemporain. Mais qu'en est-il des Jane Austen ou Charlotte Brontë ? Je te l'accorde lecteur, le style exigeant de ces romancières demande une attention de chaque instant, mais quel plaisir ! Quel talent ! Et surtout, quelle formidable leçon que de se laisser porter par des mots et des tournures de phrases qui ne font qu'exacerber notre passion pour ces œuvres sans âge !

Je suis certaine que si tu ne t'es pas encore laissé tenter par l'expérience lecteur, tu auras la curiosité de te pencher sur la question. Et si tu n'es pas encore totalement convaincu, tu peux, dans un premier temps, visionner quelques adaptations. Certaine sont très réussies, d'autres moins, mais elles ont le mérite d'exister et surtout de nous immerger directement en plein cœur de l'Histoire (avec un grand H) de nos auteures préférées.

Je vais t'en présenter quelques une, celles qui m'ont le plus touchée, pour certaines devenues cultes et tu comprendras, je l'espère, l'objet de mon affection.




Orgueil et Préjugés de Simon Langton (1995 – BBC)




Mini-série britannique réalisée pour la BBC en 1995, Pride and Prejudice est certainement l'adaptation la plus culte de l’œuvre de Jane Austen et ce, pour deux raisons : la première est qu'elle est certainement la plus fidèle et qu'elle a présenté Jane Austen comme un écrivain qui, au-delà du classicisme, peut-être caustique et pleine d'humour. Cette mini-série a relancé l'intérêt des téléspectateurs pour ses œuvres.

La seconde raison, la plus importante à mes yeux : Colin Firth. LE Mr Darcy par excellence. Celui qui a été l'objet des fantasmes de milliers de femme à travers le monde. Je te vois sceptique lecteur et tu te demandes si je parle bien du même Mr Darcy de Bridget Jones ? Mais oui, tu n'es pas bien loin. Cette série et notamment ce Mr Darcy a inspiré Helen Fielding, l'auteure du Journal de Bridget Jones à l'origine du film du même nom. Pour le coup, retrouver Colin Firth dans le rôle de Mark Darcy fut une véritable jouissance pour les Janéites.





Orgueil et Préjugés de Jo Wright (2005)




Encore ? Mais oui, ce roman d'Austen est certainement le plus connu et donc le plus adapté. La version de Jo Wright est bien différente de celle de la BBC, moins fidèle mais bien plus poétique. Une mise en scène qui met en exergue la portée romantico-tragique de l’œuvre, une photo extraordinaire et une musique subtile et intense, voilà ce que la vision de ce réalisateur hors norme nous offre, rajoutant même ce que nous aurions aimé voir ou lire sans trahir l’œuvre originelle, comme un frôlement de main, des regards perçants ou des envies furieuses d'embrasser l'autre. C'est beau, tragique et magnifique à la fois.





North and South de Brian Percival (2004 – BBC)




Mini-série britannique réalisée pour la BBC, North and South est une adaptation du roman éponyme d'Elizabeth Gaskell ; Nous abandonnons un temps Jane Austen et la période régence pour nous consacrer à l'ère victorienne et aux balbutiements de l'industrie et des mouvements ouvriers. Loin du badinage romantique, l’œuvre de Gaskell n'en est pas moins une magnifique histoire d'amour où l'acceptation de la différence est centrale. En effet tout oppose Margaret Hale et John Thornton. Elle est la fille d'un clergyman et vient d'un sud paisible et routinier. Il est un manufacturier du nord et doit se battre pour garder sa position. Vision très juste de l'Angleterre des années 1850 avec ses divers antagonismes, North and South a eu un véritable succès, presque aussi important que celui de Pride and Préjudice. Mr Thornton magnifiquement porté par Richard Armitage au regard sombre a suscité un engouement quasi identique à Mr Darcy et quand on voit la bête, on comprend aisément pourquoi...




Raison et Sentiments d'Ange Lee (1995)




Magnifique film du très talentueux Ang Lee, Raison et Sentiments réuni à l'écran des monstres du cinéma britanniques comme Emma Tompson, Alan Rickman ou Hugh Grant. C'est aussi une vision particulière de Sense and Sensibility de Jane Austen qui met en scène les histoires d'amour de deux sœurs que tout oppose. La première, l'aînée, renonce à un amour qui semble pourtant partagé poussée par la raison et les convenances, la seconde, impétueuse, décide de vivre son amour pleinement et de le clamer à la vue de tous, jusqu'au moment où elle sera lâchement abandonnée par l'objet de son affection.

D'une interprétation sans faille, Raison et Sentiments rencontre un certain succès auprès du public, mais nous retenons surtout la prestation d'Alan Rickman, superbe en Colonel Brandon.





Persuasion d'Adrian Shergold (2007 ITV)




Malgré les différentes critiques, cette version de Persuasion reste ma préférée. Déjà, ce roman d'Austen est certainement celui qui m'a le plus touchée. J'attendais donc beaucoup de cette adaptation et je n'ai pas été déçue. Rupert Penry-Jones est magnifique de justesse en Capitaine Wentworth et Sally Hawkins campe une Anne Eliot qui correspond tout à fait à l'image que j'avais du personnage. Une femme discrète, dévouée à sa famille, pas particulièrement jolie mais qui recèle tellement de bonté qu'elle en devient belle. Le téléfilm met particulièrement bien en exergue la douleur de ces 8 années de séparation, le regret de l'un, les ressentiments de l'autre et la scène de lecture de la fameuse lettre du Capitaine est pleine d'émotion. A voir, assurément.





Northanger Abbey de Jon Jones (2007 ITV)




Quand Jane Austen se lance dans une satire du roman gothique, ça donne une œuvre atypique loin de son registre habituel, pleine d'humour et de sarcasme mais aussi un fervent plébiscite pour le roman en général, considéré comme de la sous littérature à l'époque de l'auteure. Pour le coup, il fallait que le téléfilm soit un brin décalé reflétant l'imagination débordante de l’héroïne, mais également la vie mondaine débridée de Bath. De plus, l'aura charismatique du héros masculin est ici toute particulière car Mr Tilney use et abuse d'un humour impertinent et il est en grande partie la source de la réussite du roman. Pari réussi pour cette adaptation qui nous offre une Miss Morland attachante dans son envie de devenir une héroïne de roman et un Mr Tilney qui ferait fondre un troupeau de nonnes.





Emma de Jim O'Hanlon (2009 BBC)




L’adaptation la plus réussie à mes yeux de l’œuvre éponyme d'Austen. Il en existe d'autres, notamment une hollywoodienne avec Gwyneth Paltrow, mais celle-ci est certainement la plus fidèle.

Mini-série de quatre épisodes, Emma réunit un très bon casting avec dans le rôle titre une Romola Garai très convaincante en Emma Woodhouse, Jonny Lee Miller en magnifique Mr Knightley et le très émouvant Michael Gambon en Mr Woodhouse. Cette version rend vraiment hommage à l’œuvre princeps car elle n'en oublie jamais la portée comique. S'il y a une seule adaptation d'Emma que tu dois voir lecteur, c'est bien celle-ci.





Jane Eyre de Cary Fukunaga (2011)




Je termine lecteur (car il faut bien finir un jour, avant que tu ne t'endormes au moins), par cette adaptation du roman de Charlotte Brontë. Oh il y en a eu légion, et de bien belles, mais c'est celle-ci qui a retenu le plus mon attention.

Non, ce n'est pas uniquement à cause de la présence du très beau Michael Fassbender, même si je l'avoue, depuis, j'ai du mal à voir Rochester autrement que sous ses traits ; C'est aussi pour l'aura atypique du film, une atmosphère victorienne particulière qui fait passer beaucoup d'émotions en peu d'images. La vision du réalisateur est belle et met particulièrement en exergue le besoin d'indépendance de l’héroïne. Pour moi, c'est à ne pas manquer.




Pour conclure lecteur, si je n'ai pas réussi à te convaincre, je m'en excuse. Je tâcherai de faire mieux la prochaine fois. Mais je pense que tu as quand même réussi à saisir pourquoi j'aimais tant ces belles histoires, non ?



Je crois que oui. Je pense que tu as compris que j'aime particulièrement les gentlemen avec des favoris et des chapeaux haut de forme, qui écrivent de magnifiques lettres avec de vrais mots, de vraies phrases et pas des textos à deux balles du genre « j'te kif té tro bone ta de gro s1 ». Des héroïnes qui, malgré les apparences, sont des femmes peu ordinaires qui luttent pour leur amour ou leur indépendance et j'aime surtout les histoires qui finissent bien. 
En un mot comme en cent, je n'aurais qu'une chose à ajouter … 

Voui, c'est moi seule et unique photo que vous aurez la chance (ou pas) de voir !

lundi 20 mai 2013

William... Oh, William...


Comme tu le sais déjà lecteur, toi qui commence à t'habituer à mes billets sur des sujets improbables, j'aime Shakespeare. 

Quand je dis que j'aime Shakespeare, c'est que je l'aime vraiment d'amour, et c'est encore une fois le cinéma qui a fait de moi cette groupie hors du temps. 

On pourrait croire que notre histoire d'amour, à Will et moi, ait débuté par une énième adaptation de son œuvre. Il n'en est rien. C'est en allant voir au cinéma Le cercle des poètes disparus que mon cœur s'est emballé. J'avais 15 ans, et même si je connaissais l'auteur de nom, je n'avais jusqu'alors pas compris la force de ses écrits, car le théâtre est avant tout un art qui se regarde plus qu'il ne se lit. Et là tu te dis lecteur : mais de quoi parle-t-elle ? Ce n'est pas un film sur Shakespeare ! Mais si, souviens-toi de la pièce de théâtre Le Songe d'une Nuit d'été, interprétée par Neil Perry, un des héros. Certes Shakespeare n'est pas le centre du film mais toute l'aura tragique qui l'entoure en est imprégnée. Mes pupilles se sont dilatées, mon pouls s'est accéléré et je compris enfin ce qu'était la passion. Car oui, l’œuvre de Shakespeare n'est que passion. Elle parle au cœur, à l'âme et à tes organes reproducteurs.


Dès lors, je sus que j'étais perdue. Et tant qu'à être condamnée à aimer un macchabée mort depuis des siècles, autant m'intéresser à ce qu'il m'a laissé, non ? Une frénésie de lecture s'est emparée de moi et, bien sûr, je me suis penchée sur les adaptations de l’œuvre de mon aimé. De découvertes en coups de cœur, rarement des films ne m'auront donné autant d'émotions.

Il y en a beaucoup, mais comme j'ai envie de t'en parler lecteur, et de te montrer à quel point ces films ont influencé mon existence, j'ai dû faire une sélection drastique. Tu ne seras peut-être pas toujours d'accord avec moi, mais laisse-moi le soin de t'expliquer mes choix. Aussi, pour bien faire les choses et surtout éviter que tu t'assoupisses devant mon blogounet, nous ferons les présentations en plusieurs temps, ce sujet méritant plusieurs billets ;)

Et si nous commencions notre entretien par un célèbre drame romantique ? 

Mais si lecteur, tu sais de qui je parle, de Roméo et de Juliette, certainement la plus célèbre pièce de mon aimé. Il y a eu beaucoup d'adaptations comme tu peux t'en douter, mais j'ai décidé de te parler de celle d'un cinéaste qui m'a totalement retourné la tête et qui, depuis, continue à nous offrir du cinéma de grande qualité, je parle bien sûr de Baz Luhrmann.


Romeo + Juliette est apparu comme l'O.V.N.I. numéro un de cette année 1997. J'étais à l'université, en couple avec quelqu'un qui, ma foi, passait son temps à jouer au beach volley et à participer à des soirées étudiantes. Autant te dire lecteur que je me sentais bien seule. 


Et puis un soir, nous sommes allés au cinéma voir ce petit film dont certains parlaient soit avec enthousiasme, soit avec une réelle envie de vomir. Il fallait bien que je me fasse ma propre opinion. Et là, la claque. Un DiCaprio divin, une réalisation nerveuse et décalée et surtout un style propre qui n'a fait que mettre en exergue la modernité du propos et son sens dramatique. J'étais subjuguée, fascinée et j'ai remercié mille fois le réalisateur pour cette œuvre improbable. Bien sûr, mon compagnon n'a fait que regretter pendant deux heures que le film fut intégralement tourné en vers... passé l'envie de lui arracher son cerveau par ses orbites, je dus prendre beaucoup de précautions pour lui expliquer qu'il était difficile d'adapter une pièce en vers autrement.




Une autre œuvre légère et romantique du Maître ? Mais oui, il y en a d'autres...

Kenneth Branagh (oui, parler de Shakespeare sans mentionner Branagh, c'est comme parler de Sookie sans Éric, de Boule sans Bill, de... bon j'arrête) nous offre, en 1993, une superbe adaptation de Beaucoup de bruit pour rien, une comédie pleine de mordant admirablement interprétée par une troupe d'acteurs de génie : Branagh lui-même évidemment, mais également Emma Thompson, Keanu Reeves ou encore Denzel Washington (comment ça ? des Ricains?). Cette petite merveille pleine de charme et pétillante à souhait fut un grand succès et, même 20 ans après, se laisse regarder avec plaisir, un sourire niais sur le visage. À consommer sans modération ! 


Par chance, j'étais seule quand j'ai vu pour la première fois ce film, je ne connaissais pas alors le bonheur que c'était ! (Enfin, notons tout de même que ma meilleure amie m'a regardé avec suspicion quand je l'ai retrouvé après ma séance ciné me demandant s'il y avait eu au moins un méga striptease masculin pour trouver sur mon visage une telle béatitude.)


Mais Will (oui, rappelle-toi lecteur, nous sommes intimes) est un génie dans l'art de la tragédie et des pièces qui se terminent mal. Vengeance, complots, jalousie, autant de maux dont l'humanité regorge et qui montrent le véritable visage de l'homme.

Et si je te parlais maintenant d'un prince danois terriblement dépressif ? Oui tu as bien deviné, Hamlet, chef d’œuvre dramatique à plus d'un titre, fut encore une fois admirablement adapté et interprété par Branagh himself. 


Oui, parmi les nombreux films existants, j'ai choisi de te parler de celui-ci en particulier. Car rarement pièce aura été si bien adaptée. Le réalisateur a pris un risque incroyable en tournant un film de plus de 4 heures, d'une fidélité époustouflante, rajoutant même des scènes renforçant la portée dramatique de l’œuvre. Plus qu'un film, c'est une réelle performance que nous livre ici Kenneth Branagh, jetant aux oubliettes les codes hollywoodiens et faisant fi de critiques légèrement agacées. 
Film pompeux pour les uns mais véritable déclaration d'amour pour les autres, Hamlet version Branagh ne laissera personne indifférent. Mais avouons tout de même que si tu n'es pas un fan de Shakespeare lecteur, tu auras besoin d'au moins deux grandes cafetières pour le regarder jusqu'au bout. J'ai pour preuve les énormes ronflements de mon mari quand il me prend l'envie de revoir le film ou son envie de suicide, au choix. 


Il y a encore beaucoup d'autres pièces de Will qui ont été très bien adaptées, comme Othello par Oliver Parker, Titus Andronicus par Julie Taymor, Comme il vous plaira par l'éternel Kenneth Branagh, Le songe d'une nuit d'été par Michael Hoffman... mais j'ai peur de te faire fuir lecteur, si je te donne mon avis sur chacune d'entre elles aujourd'hui.

Et puis il y a également les long-métrages directement inspirés par les œuvres de Will sans forcément qu'il soit question d'adaptation. Mais ces films-là, feront l'objet d'un prochain billet, je te le promets.

Je clos ici ma déclaration, car ce billet en est bien une. Tu pourras certainement me prendre pour une folle lecteur, mais parler de mon amour immodéré pour ces œuvres est une véritable catharsis. Comment faire comprendre à mon entourage que je prends un plaisir fou à lire les délires d'un dépressif en vers ? À regarder les tirades énamourés et d'une sensualité très subtile d'un DiCaprio en chemise hawaïenne ? 


C'est juste l'amour mon ami, l'amour avec un grand « A »...

"Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement (et tout sera réparé) que vous n'avez fait qu'un somme, pendant que ces visions vous apparaissaient. Ce thème faible et vain, qui ne contient pas plus qu'un songe, gentils spectateurs, ne le condamnez pas; nous ferons mieux, si vous pardonnez. Oui, foi d'honnête Puck, si nous avons la chance imméritée d'échapper aujourd'hui au sifflet du serpent, nous ferons mieux avant longtemps, ou tenez Puck pour un menteur. Sur ce, bonsoir, vous tous. Battez des mains, si nous sommes amis, et Robin réparera ses torts." 
(Puck - Le songe d'une nuit d'été)

dimanche 19 mai 2013

Gatsby le Magnifique



Synopsis :

Printemps 1922. L'époque est propice au relâchement des mœurs, à l'essor du jazz et à l'enrichissement des contrebandiers d'alcool… Apprenti écrivain, Nick Carraway quitte la région du Middle-West pour s'installer à New York. Voulant sa part du rêve américain, il vit désormais entouré d'un mystérieux millionnaire, Jay Gatsby, qui s'étourdit en fêtes mondaines, et de sa cousine Daisy et de son mari volage, Tom Buchanan, issu de sang noble. 
C'est ainsi que Nick se retrouve au cœur du monde fascinant des milliardaires, de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges. Témoin privilégié de son temps, il se met à écrire une histoire où se mêlent des amours impossibles, des rêves d'absolu et des tragédies ravageuses et, chemin faisant, nous tend un miroir où se reflètent notre époque moderne et ses combats.

Mon avis :

Le voici enfin ce Gatsby tant attendu, autant par les fans de Baz Luhrmann que par ses détracteurs, car il est une chose évidente dans le cinéma hollywoodien actuel, c'est que le réalisateur est autant adulé que détesté. 
Pourtant, si Moulin Rouge ou encore Roméo + Juliet furent des réussites dantesques, des O.V.N.I. cinématographiques, Luhrmann passe un cap supplémentaire avec ce dernier film, laissant éclater son génie visuel autant que sa capacité à l'introspection, chose à laquelle il nous avait peu habitué jusqu'à maintenant.



Car Gatsby n'est pas uniquement un film sur les années folles et son insouciance, mais parle avant tout de sa génération désabusée, sa propension à ne s'occuper que des apparences et laisser la crise présenter le bout de son nez. Boire, danser, faire la fête, mais avant tout, pour oublier. 
C'est aussi l'histoire d'un homme au passé trouble dont l'amour de sa vie devient son obsession, la dernière possession à acquérir, l'idéal d'une vie inventée, la lumière verte à l'autre bout de la rive qu'il n'atteindra jamais. 



Le réalisateur n'oublie jamais le caractère dramatique du personnage et ses côtés sombres et c'est ce qui fait toute la différence. Il n'y a pas d'idéal amoureux dans la vie de Gatsby, il n'y a que solitude et regrets. D'ailleurs Luhrmann et DiCaprio n'ont pas seulement travaillé sur le roman culte de Fitzgerald, mais également sur Trimalchio, une nouvelle que l'auteur a publié à part, un espèce d'appendice qui contient des notes de lecture et tout ce qui n’apparait pas dans The Great Gatsby et notamment les éléments les plus sombres de la vie de Gatsby ce qui permet d'avoir à l'écran une vision moins superficielle du personnage.
Di Caprio, parlons-en, toujours aussi impressionnant, il n'a jamais été aussi beau à l'écran, saisissant de vulnérabilité, incarnant un Gatsby mystérieux mais également dangereux. 



De la bande son hip hop jazzy, aux décors décadents, en passant par la mise en scène décalée, Gatsby le Magnifique est une grande leçon de cinéma, car la profondeur psychologique et le drame de l'intrigue ne sont jamais laissés de côté au profit d'une débauche visuelle. Le dosage est juste parfait, hypnotique et désespérément romantique.



Fiche Technique

Gatbsy le Magnifique
Film australien et américain de Baz Luhrmann
Avec : Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan...
Genre : Drame, romance
Durée : 2h22 mn
Sortie française : 15 mai 2013


lundi 25 février 2013

The Hollow Crown






Mini-série diffusée cet été sur la BBC, The Hollow Crown est une excellente adaptation des pièces historiques de Shakespeare : Richard II, Henry IV part 1, Henry IV part 2 et Henry V.

Encore du Shakespeare me direz-vous ? Eh bien oui, la BBC, dans sa grande bonté, a décidé de mettre en scène cette tétralogie pour les Olympiades culturelles de Londres 2012, et on ne va pas lui en vouloir.

En partie produite par Sam Mendes et réalisée par Richard Eyre , Rupert Goold et Thea Sharrock, cette mini-série est portée par un magnifique casting à faire pâlir tous les ennemis de cette bonne vieille Angleterre et met en joie les amateurs d'acteurs britanniques : Ben Whishaw, Jeremy Irons, Tom Hiddleston, Simon Russell Beale , Julie Walters , Michelle Dockery , David Suchet, Rory Kinnear, Joe Armstrong... Faut-il que je continue ou vous avez déjà commencé à vous évanouir ?

Cette horde de comédiens, tous plus talentueux les uns que les autres, redonne un second souffle à ses quatre pièces vieilles de 400 ans et nous poussent fiévreusement à nous replonger dans les écrits de Shakespeare, étrangement intemporels dans leurs manières d'exposer les sentiments humains. Oscillant entre l'humour, la tragédie et l'émotion, Shakespeare dépeint les maux de cette époque phare de l’histoire de l'Angleterre, un conflit fratricide marquant le début de la Guerre des Deux-Roses et l'apogée de la Guerre de 100 ans.

Mais je ne suis pas là pour vous donner un cours d'histoire, alors laissons place aux acteurs, véritables héritiers des œuvres de Shakespeare et à la poésie de ses mots. Que le rideau se lève...



Richard II



Synopsis :

Insensé, vain, bête, le jeune Richard amorce sa chute en bannissant Henry Bolingbroke et le comte de Mowbray pour régler leur querelle et confisque ensuite les terres de son oncle, Jean de Gand, le père de Bolingbroke, pour financer la guerre en Irlande qu'il perdra. Ceci enrage nombre de courtisans dont le Duc d'York, qui accueille Bolingbroke à son retour en Angleterre. Celui-ci éliminera la cour de Richard, et le roi lui-même sera rapidement conduit en prison où il sera assassiné. Bolingbroke, se faisant désormais appeler Henry IV, s'engage alors dans un pèlerinage pour expier de sa participation au régicide.

Drapé dans sa magnificence divine, Richard II est un jeune roi très mal entouré qui, même s'il est très investi par son rôle, nous apparaît comme un roi frivole dont les mauvaises décisions vont chambouler le cours de l'histoire. Son mode de vie ainsi que ses actes sont mal perçus et ses courtisans jusque-là fidèles finissent par se retourner contre lui. Le retour d'exil de son cousin signera sa perte, car Bolingbroke dans son souci de justice finira par le déposer. Ce « coup d'état » signera le début de la Guerre des Deux-Roses, qui opposera pendant plus de 80 ans la maison royale de Lancastre et la maison royale d'York.

Richard fut emprisonné et mourut assassiné en 1399. Ce régicide hantera longtemps Bolingbroke qui, une fois couronné, prendra le nom d'Henry IV.

Comment résumer en quelques mots ce magnifique épisode de 2h20 qui relate la chute d'un roi et l'ascension discutable d'un autre. Ben Whishaw campe un Richard II magistrale dans sa déchéance, adoptant souvent une figure quasi christique. Frêle souverain qui ne voit que trop tard les conséquences de ses actes, affaibli par un conflit avec l'Irlande qu'il a finalement perdue, Richard nous touche, nous émeut et l'interprétation renversante de l'acteur nous pousse à l'empathie.

Une des scènes les plus marquantes est certainement celle où Richard s'avoue vaincu et abdique en faveur de son cousin. Triste sort pour ce prince déchu. Sa tirade est bouleversante.





Henry IV part 1


Synopsis :
1403 : Henry IV se retrouve confronté aux révoltes du chef gallois Owen Glendower et de l'impétueux Harry Hotspur, fils du duc de Northumberland, mécontents que le roi n'ait pas payé la rançon de Glendower en échange de son beau-frère, Mortimer. Henry doit aussi s'inquiéter du fait que son fils, le prince Hal, traîne avec Sir John Falstaff, un vieux loustic alcoolique. Même si le prince est son ami, il est tout à fait capable de lui jouer des plaisanteries cruelles, de le dérober subrepticement et de lui rendre son argent une fois que Falstaff lui aura fait un compte-rendu exagéré de la bravoure de son hold-up. Cependant Hal se joint à son père dans la bataille glaciale de Shrewsbury pour écraser la révolte d'Hotspur et tue Hotspur dans un combat d'homme à homme -Falstaff racontera plus tard qu'il s'agit de son œuvre. C'est la défaite pour Hotspur, mais Henry et Hal doivent encore affronter les révoltes de Glendower et Northumberland, maintenant soutenues par l'archevêque d'York.

Ce second volet fait la part belle à Jeremy Irons qui campe un Henry IV impressionnant, partagé entre le poids de sa conscience, et les trahisons internes qui mettent à mal ses projets de croisades. En effet, à l’aube de la bataille de Shrewsbury, le roi doit faire face à un soulèvement de la part des Percy qui l’avaient appuyé dans sa guerre victorieuse contre Richard II. De nombreux seigneurs avaient aidé Henry à accéder au trône et les promesses faites alors n’ont pas été tenues. Mu par une haine farouche et un fort sentiment d’injustice, le jeune Henry Percy dit Hotspur, fils du comte de Northumberland prend la tête d’une armée rebelle.

Mais le roi doit également faire face aux frasques de son fils aîné  héritier du trône, le Prince Hal. Celui-ci que les responsabilités font fuir, préfère la compagnie de ses amis plutôt que de la cour. Mais la révolte ainsi que la santé de son père lui font prendre conscience du rôle qu’il doit tenir et conduira l’armée d’Henry à la victoire le 21 juillet 1403 à Shrewsbury où il tuera Hotspur.

Les trois monstres que sont Jeremy Irons, Tom Hiddleston (Prince Hal) et Simon Russell Beal (Falstaff) font de cet épisode une véritable claque, oscillant entre humour et drame. Les passages dans la taverne de l'Eastcheap sont hilarants et le couple Hiddleston / Russell Beal fait merveille. Et bien que la dérision soit constamment présente, l’émotion n’en est pas absente pour autant, la scène où Hal imite son père est poignante et rend le texte encore plus crédible, lui conférant une aura touchante et intime.



L’affrontement du Prince et du Roi est également un grand moment où la violence des émotions d’Henry affleure et laisse place à un échange d’une grande intensité. La douleur se mêle à la colère et à l’incompréhension. Les deux acteurs se font face avec brio et font honneur à cette tirade pleine d’émotion, où le jeune Henry prend enfin conscience de ses responsabilités.


Mais cet épisode révèle un autre grand talent, Joe Armstrong est impressionnant en Hotspur déchaîné par la colère et la force guerrière. Pour un acteur qui n’avait jamais joué Shakespeare, il prend possession du texte avec maestria, crevant l’écran par son aura puissante jusqu’à la toute fin, quand il fait face à Tom Hiddleston.




Henry IV part 2 

Synopsis :

Alors que Northumberland jure de venger la mort de son fils et rassemble ses alliés pour se battre contre le roi mal en point, le Lord Chief Justice, après avoir réprimandé Falstaff pour sa mauvaise influence sur Hal, le charge de recruter une armée au nom d'Henry. Après s'être bagarré avec le truculent Pistol, Falstaff se prépare à quitter son amante, Doll Tearsheet, et se permet de critiquer Hal devant elle sans savoir que le prince tend l'oreille à ce moment. Falstaff réunit une équipe hétéroclite à Justice Shallow mais Westmorland, le cousin d'Henry, arrête le chef des rebelles après les avoir manipulés pour obtenir une trêve. Hal, présumant son père mort, met la couronne. Il est réprimandé par le roi mourant mais ils se réconcilient et dans un dernier geste, Henry place la couronne sur la tête de son fil. Hal accède au trône sous le nom d'Henry V, mais désormais il sait qu'il doit mettre de côté les frivolités, et bannir Falstaff est le premier acte de son règne.

Cet épisode vaut surtout pour le changement en profondeur du Prince Hal qui, témoin des crises de plus en plus fréquentes de son père, comprend qu’il montera bientôt sur le trône. La longue scène du trône où le Prince s’assoit sur celui-ci couronné, écrasé par le poids de ce que cela représente est juste, sans fioriture. Et quand son père déboule dans la salle, ulcéré par le comportement de son fils, on comprend toute la douleur de ce moment. Un passage initiatique fort où un père transmet un héritage acquis dans le sang. Le Prince Hal sera finalement couronné le 20 mars 1413.



Le premier acte du roi henry V sera de mettre de la distance entre son passé et lui, il reniera Falstaff et tout ceux qui ont partagé ses moments de frivolité, non pas par snobisme, mais pour protéger sa couronne, asseoir son autorité et éviter tout conflit interne. La scène du couronnement où le roi répudie son vieil ami est assez violente, et démontre parfaitement la transformation du Prince.






Henry V




Synopsis :
Hal est désormais un monarque responsable. Son rejet de Falstaff aura précipité la mort de ce dernier. Informé par ses courtisans que, par le biais d'Edward III, il a des droits sur le trône de France, il fait des offres au Dauphin mais reçoit un humiliant cadeau : des balles de tennis. Il prépare alors une expédition pour traverser la Manche et prendre le trône par la force et assiège la ville de Harfleur lors d'un raid nocturne surprise. S'ensuit un discours inspiré. Il se montre clément avec les habitants mais autorisera la pendaison du soldat Bardolph pour pillage. Quand une nouvelle trêve est rejetée par les Français, Henry se prépare à livrer la bataille rangée d'Agincourt, parcourant le camp la veille pour jauger l'opinion que les soldats ont de lui. La bataille est remportée avec peu de pertes du côté anglais et le roi Français, dont la fille épouse Henry, fait de lui son successeur. Cependant, Henry meurt de la dysenterie à l'âge de 35 ans et son fils, Henry VI, perdra la France.


Voici l’épisode qui met en scène le magnifique épilogue de la tétralogie de Shakespeare. Un très grand moment de télévision pour cette pièce unique qui a donné naissance à la plus belle tirade jamais écrite pour un soldat, pour un roi (Bon ok, j’avoue, je manque certainement d’objectivité).

Le Roi henry V, après avoir essayé de panser les différends du passé, peut enfin s’intéresser aux affaires étrangères et lorgne du côté d’une France qui s’enlise dans les soucis politiques. Henry revendique ses droits au trône de France et remporte la grande bataille d’Azincourt le 25 octobre 1415. S’en suivra son mariage avec Catherine de Valois, fille du roi Charles VI le Fol (qui, après la mort d’Henry, ira batifoler avec un Tudor, futur grand-père du roi Henri VII).

Henry V mourut jeune, le 31 aout 1422, et restera l’un des plus grands monarques que l’Angleterre ait connu.

Les amoureux de batailles et de discours héroïques ne seront pas en reste avec cet épisode porté par un Tom Hiddleston totalement inspiré. La fameuse tirade de la Saint-Crépin, tout juste chuchoté « à une poignée de frères » n’en devient que plus émouvante, plus intimiste et, pour le coup, beaucoup plus réaliste. La scène de la cour faite à Catherine est très touchante et a du faire fondre un troupeau de nonnes ou du moins, une bonne poignée de fans.



Au final, une mini-série plus que réussie, fidèle à l’œuvre originelle dont la mise en scène dynamique lui confère une grande modernité. La pléiade d’acteurs fait force et magnifie les textes de Shakespeare, bref, même la langue pour la non-anglophone que je suis est en accord parfait.

Une série qui fera date, tant par la qualité de son interprétation que par son audace, car c’était un pari risqué que de réaliser des épisodes de plus de deux heures sur des pièces historiques Shakespeariennes. Chapeau bas…